Actualité

Mars, avril, mai 2024 : « Leçons de littérature » dans des lycées franciliens sur son travail d’écrivaine, dans le cadre du programme de la région Île-de-France et de la Maison des Écrivains.

Romans

Il faut y aller, maintenant

(éd. du Faubourg, 2023)

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« I. Dans le salon.
Il nous prend en bas ? Mon Dieu, comment vous remercier ? Il arrive dans combien de temps ? Là, d’un instant à l’autre ? Quelle chance que cela ait pu se goupiller avec votre mari, vraiment comment vous remercier, de toute façon sans vous je ne m’en sortais pas, c’était la catastrophe, je ne sais pas ce qui se serait passé vous savez, probablement… je ne sais pas… »

Un départ forcé dans le cadre d’un coup d’État militaire d’extrême droite en France. Menacée d’arrestation, l’héroïne, Inès, doit prendre le chemin de l’exil. Dans les derniers instants avant le départ, elle se confie à sa femme de ménage, Aida, son sauveur inattendu. Elle se retourne sur son existence et sur sa place dans l’Histoire.

Inès est la tante de Marco, personnage principal dans le roman Trop Beau, et l’ex-femme d’Antoine Rougemont, le héros du roman Il risque de pleuvoir. Le personnage de Robert Leblanc qui a le rôle du passeur dans la fuite est le héros du roman Notre aimable clientèle, et fait une apparition dans le roman À l’aide ou le rapport W ainsi que dans la nouvelle Quoi de neuf, Robert ?

Trop beau

(éd. du Faubourg, 2020)

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« 1. Plainte en justice.
On a le droit de se plaindre ? On peut en vouloir à la terre entière ? C’est cela dont il parlait ? La rage ? Je la sens qui vient. J’en ai assez de faire des sourires. Je peux parler de lassitude ? Je peux dire que ce n’est pas un fait exprès ? Je n’y suis pour rien. C’est de naissance. Et pourquoi ? Je n’en ai aucune idée. Personne n’en a aucune idée. Personne ne s’est d’ailleurs jamais posé la question. »

L’importance du physique dans les trajectoires individuelles et une plongée dans la notion de discrimination. Le héros, Marco, se plaint de sa trop grande beauté qui lui a joué des tours et est la cause de trois licenciements pense-t-il. Il décide de se défendre en justice et intègre un groupe de parole pour apprendre à se considérer comme une victime.

À l'aide ou le rapport W

(éd. Inculte-Laureli 2013-réédition éd. du Faubourg, 2020)

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« 1.
Les deux hommes l’attendaient calmement à la sortie de l’immeuble. Il n’y a pas eu de poursuite, de bagarre. Ils étaient en uniforme, le prirent par le bras, chacun d’un côté, on ne se débat pas dans ces cas-là. La voiture de police était garée devant, quelques mètres à parcourir, menottes avant d’être poussé à l’intérieur, entre les deux hommes, le flic au volant ne se retourne pas, il démarre en trombe. »

Dystopie imaginant la pénalisation des actes gratuits dans un monde où tout devient marchand. Deux hauts fonctionnaires, A et B, sont dans un bureau du ministère de l’Intérieur avec pour mission de rédiger un rapport fixant des peines de prison et des amendes pour les délits d’aide, de don et de service. Mais, bien entendu, A et B ne s’entendent pas.

Vacances d'été

(éd. Léo Scheer-Laureli, 2011)

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« I. Les vacances.
Je me suis remarié le 16 avril 2010.
Il est 23h45. La voiture s’engage dans une courte allée et stoppe devant un imposant portail de métal blanc. Son conducteur, les yeux fatigués, coupe le contact. Les essuie-glace s’arrêtent brutalement au milieu du pare-brise qui, instantanément, devient totalement opaque. La pluie est torrentielle en cette soirée de début juillet, d’une violence rare dans cette région du sud de la France. »

La dissolution des classes moyennes et le conflit social vu comme salutaire et revigorant. Une maison en Provence. Les vacances, la chaleur de l’été. François pense sympathiser avec le gardien Pierre-Olivier. Mais la demande d’augmentation de ce dernier fait basculer la belle harmonie.

Il risque de pleuvoir

(éd. du Seuil, coll. “Fiction & Cie”, 2008)

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« 1.
J’ai été expulsé le 10 octobre 2006.
C’est le début de l’automne. Il fait doux et sombre. Je me mets au premier rang, là, oui, non, au deuxième, au deuxième. Il y a de la place au premier rang, pourtant. Là, sur le côté droit, il y a des chaises vides. C’est mieux au deuxième, c’est parfait. Tout de même, j’aurais pu. J’y suis, voilà. D’un pas assuré au deuxième rang, sans hésitation, c’est ce qu’il fallait faire. C’est idéal, je suis bien là… »

La privatisation rampante de la Sécurité sociale (l’assurance-maladie). Bourgeois traditionnel et cadre dirigeant dans une compagnie d’assurances, le héros Antoine Rougemont a des états d’âme face à la volonté des assureurs privés, ses pairs, de mettre la main sur le marché de la Sécurité sociale. Il plonge dans ses pensées sur le sujet à l’occasion d’un enterrement à Sainte-Clotilde à Paris.

Notre aimable clientèle

(éd. Denoël, 2005)

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« 1.
J’ai été déplacé le 3 septembre 2001.
C’est la rentrée. Il fait beau. J’aime le mois de septembre à Paris. Tout est organisé, calculé, minuté. J’ai tout mis au point pendant les vacances. Réveil 7h10, douche, café puis réveil des enfants, vite des céréales, vite les habiller, vite, vite, vite. Je dépose l’une à la crèche, l’autre à l’école et je fonce au métro. C’est parfait. J’arrive pile à 9h15. C’est une garde partagée, 50/50. Ça va, je vais assurer. Nous sommes séparés depuis juillet. Et voilà. Ils m’annoncent, le matin, au retour des vacances d’été, que je suis muté dans le 19ème… »

La souffrance au travail du héros, Robert Leblanc, occasionnée par la mutation-privatisation des services publics. Il travaille à l’Assédic de Paris.

Nouvelles

Quoi de neuf, Robert ?

2015 - L'Humanité

« Tout allait bien. Vraiment bien. L’été s’était déroulé comme un rêve dans cette douce campagne de la vallée de la Loire. Robert Leblanc avait passé les mois de juillet et d’août chez B qui, bien que le connaissant à peine, l’avait accueilli avec joie. Bonne chaleur, pêche, lecture, musique, vin rouge frais… Ils s’entendaient à merveille, se promenaient en barque sur la rivière, se baignaient, discutaient tard dans la nuit. Une bonne rencontre, le début d’une amitié. C’était inespéré. »

Nouvelle publiée par le quotidien L’Humanité (juillet 2015) qui fait réapparaître Robert Leblanc, le héros du roman Notre aimable clientèle, figure du personnage engagé et résistant, ainsi que B, personnage d’À l’aide ou le rapport W.

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Cela se termine comment ?

(éd. Léo Scheer-Laureli, 2010)

« Cette série-là, The Corner, ce coin de rue d’une banlieue américaine, misère, dope, dealers, flics, filmée aux rayons X, j’ai immédiatement accroché. Quand j’ai commencé à regarder des séries, au tournant des années 2000, ma vie professionnelle s’était comme soudain allégée. Un vendredi sur deux, c’est ce que j’avais choisi, quand mon entreprise est passée aux 35 heures, en 1999, première loi Aubry. J’étais un des rares à avoir opté pour ce système… »

Nouvelle publiée dans l’ouvrage collectif Écrivains en séries, saison 2 (éd. Léo Scheer-Laureli, 2010) initié et coordonné par Emmanuel Rabu et Laure Limongi. La nouvelle s’inspire de la série télévisée The Corner de David Simon, un vrai-faux documentaire sur un quartier défavorisé de Baltimore.

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Bonne année ! Manifeste pour un revenu d'existence

(éd. du Toit, 1999)

Un ouvrage qui comporte deux nouvelles sur le chômage : Plan social sur un cadre, Pierre M., qui est licencié ; Bonne année ! sur un jeune, Bob, qui n’arrive pas à trouver un premier emploi. Les nouvelles sont suivies d’un entretien avec l’économiste Yoland Bresson (1942-2014), co-fondateur de l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (AIRE).

Nouvelle : Plan social

« J’ai été licencié le 30 juin 1993.
On est mercredi. C’est le début de l’été. Mon ami Alain m’invite à déjeuner. Il me dit : « Pierre, ça va mal. » Je me demande ce qui ne va pas. Il me dit : « Pierre, c’est fini. » Qu’est-ce qui est fini ? Je ne comprends pas. Quoi ? Que se passe-t-il ? Il me dit que je suis licencié. Il est « désolé ». Alain et moi sommes cadres chez Rubasif. »

Nouvelle : Bonne année !

« Le premier qui me dit « Bonne année ! », je lui écrase la face contre un sapin de Noël. Je m’appelle « Bob ». On m’appelle « Bob ». On est le 31 décembre 1996. Et le premier qui me dit « Bonne année ! »… Je vais pouvoir la sortir toute la journée celle-là. 31 décembre toujours pareil. »

Boucs-émissaires : les sans-papiers

(éd. Syros, 1995-réédition éd. Syros 1998 sous le titre Territoire interdit)

Livre composé de deux nouvelles dénonçant le sort réservé aux sans-papiers : Territoire interdit sur un Camerounais, Désiré Hubert K., qui est reconduit à la frontière en France ; Indésirable, sur un Mexicain, Mario, reconduit à la frontière aux Etats-Unis.

Nouvelle : Territoire interdit

« J’ai été arrêté le 25 juillet 1994, à 22 heures 15.
Il fait nuit et chaud. Je roule tranquillement à bord d’une Talbot Horizon sur la nationale 2, près du Bourget. À cet endroit, c’est l’avenue du 8-Mai-1945. Je suis mécanicien-chauffeur. J’ai terminé ma journée. « Une belle ville, c’est déjà ça, woo-ouh-woo, c’est déjà ça », chante la radio sur 103.9. La route est dégagée comme souvent le soir en semaine, l’été. Soudain, un gyrophare. Des policiers. »

Nouvelle : Indésirable

« J’en avais plus que marre de passer mes journées à jouer aux dominos avec Miguel, au bar Del Sol de la Plaza Zaragoza de Tijuana. Des journées à boire des bières et des sodas tiédasses, affalés à cette table bancale. Dire qu’à notre vue les quelques touristes qui s’aventuraient dans ce quartier parlaient de « farniente ». Toujours la même histoire, chaque fois, quand j’arrivais au Del Sol. Les dominos glissaient du sac de toile sur les azulejos (carreaux) de la table. Ça faisait un bruit net, en cascade. »

Documents

Et nous vivrons des jours heureux

(éd. Actes Sud, 2016)

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Ouvrage collectif initié et coordonné par Martin Rieussec-Fournier visant à actualiser le programme du Conseil national de la Résistance (CNR). Chapitre : Pour un renouveau de la Sécurité sociale, page 61, avec Anne-Marie Thomazeau, Léonora Tréhel et Marc Zamichiei.

« Dans la France de 1945, le projet politique de sécurité sociale a su conjuguer mieux-vivre et redressement en instaurant des droits fondés sur les principes de solidarité et de redistribution : protéger les travailleurs des aléas du marché, garantir la vieillesse par un revenu, assurer des soins pour tous, aider la famille et réduire les inégalités. Or la Sécurité sociale est présentée aujourd’hui avant tout comme un coût à réduire. »

Les jours heureux, Le programme du Conseil national de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en oeuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition

(éd. La découverte, 2010-rééditions en poche, 2011 et 2022)

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Ouvrage collectif initié et coordonné par Jean-Luc Porquet. Chapitre 3 : Sécurité sociale : les travaux de démolition ont commencé, page 59.

« « Il est temps d’arrêter de faire croire qu’il n’y a pas de limite au coût des assurances collectives. Nous ne pouvons nous contenter des vieilles recettes d’autrefois. Nous avons besoin d’imaginer un nouveau modèle. Il nous faut avoir de l’allant. Réformons nos systèmes qui sont archaïques. » C’est en ces termes que, le 12 décembre 2005, la toute nouvelle présidente du Medef, Laurence Parisot, s’adresse au gratin des compagnies d’assurances, réunies pour leur symposium annuel au Palais des Congrès de la Porte Maillot. »